Les coqs de l'Est - La négrification de mon meilleur ami


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Les coqs de l'Est
(Nostalgie) La négrification de mon meilleur ami


À la fin des années 90, j'ai le souvenir de quelques étés brûlants au cœur des quartiers d'une ville portant de manière sarcastique le nom d'un oiseau se voulant être l'emblème de la paix et de la pureté... Colombes dans les Hauts-de-Seine. Je jouais au foot avec mes petits camarades multi-couleurs à un âge où la question de la race, de l'esprit communautaire est encore un plan de seconde zone. En pleine période des heures de gloire de Jordy, j'étais le petit blond que toutes les petites rabzouzettes voulaient coiffer durant les récrés. J'ai le souvenir des doigts délicats d'une certaine Sonia me procurant mes premières érections - comme quoi les premiers balbutiements du multiculturalisme peuvent commencer très tôt - forcément quand tu manges un blédina au chef en regardant Aladdin, autrement dit un arabe se la jouant latino romantique (lol), du haut de ton petit mètre 20 t'es forcé d'y croire ne serait-ce qu'un tout petit peu...

À l'époque déjà, le quotat des 3 blancs pour 10 Africains était d'actualité. Les musulmans se voulaient "lights", funky comme la "funky family" le chantait et semblaient propager une saveur des contes des mille et une nuits dans les quartiers, comme un couscous sans piment à apprécier du bout de la fourchette. La schizophrénie du Français blanc était palpable.
Le blanc des quartiers devait se montrer sympathique, tolérant et ouvert d'esprit envers Moustapha son voisin de palier puis d'un coup devenir gueulard en crachant sa bave couleur écume de bouledogue Français vieillissant envers le bougnoule envahisseur, les yeux rivés devant un reportage TF1 le verre de Ricard à la main... le blanc était capable d'aller à son boulot merdique les bras sur le volant de sa 306, rêver d'une vie en autarcie entre individus de sa race tout en appréciant un "Aïcha de Khaled".
Le blanc pouvait éprouver de la haine pour le parasite basané mais tout de même apprécier le film "la Haine" et y trouver dans les bras de "Saïd Tagmaoui" et "Vincent Cassel" un certain apaisement... le processus de la tolérance à demi-avouée était comme ce petit mal de gorge insoupçonné annonçant la tumeur maligne... le vers était dans le fruit et le renard en djellaba se faisait sa place au chaud dans le poulailler Français.

Ma famille et moi avons par la suite déménagé en banlieue Est de Paris, dans une région qui, selon la légende se voulait plus verte et plus blanche, c'était sans doute le cas à l'époque...
Les rues étaient désertiques et comblées de quelques papiers volants comme dans ces vieux Western à la bande son vous tirant les paupières vers le bas.
J'étais désormais loin du tout-en-béton, atmosphère grisâtre tiers-mondisant et pêcher pendant les vacances était un truc que mon père, enjoué, pouvait maintenant me promettre. Je devenais enfin un vrai petit blanc made in "guerre des boutons" ! C'est aux bords de l'eau, durant une partie de pêche, que j'ai fait la connaissance d'Olivier, un petit Tom Sawyer local connaissant tous les arbres fruitiers du coin avec qui j'ai passé les moments les plus mémorables de ma jeunesse. Il était aussi fantaisiste et espiègle que moi, j'avais trouvé en lui un vrai camarade avec qui passer le plus clair de mon temps. Un blanc, enfin ! Malheureusement Olivier a dû déménager, la vie étant ce qu'elle est, j'ai fini par ne plus avoir de nouvelles.


Beaucoup plus tard, je traînais la patte tous les matins pour aller subir une scolarité dans un lycée fabriquant déjà tout un tas de loques humaines blanches mal coiffées malaxant la culture de l'entre-soi en tirant sur des pétards derrière des tas de feuilles aussi mortes qu'ils pouvaient l'être. La sonnerie du lycée était un pet foireux annonçant le déluge marron de tout une ribambelle de révolutionnaires acnéiques sortant des orifices d'un bâtiment dédié à l'éducation nationale. Ils représentaient la tête de gondole de l'avenir Français, tous ces petits excités commençaient déjà à faire des phrases pour le plaisir de s'écouter parler.
Les petites blanches commençaient déjà à s'offrir des kilos en extras pour échapper synthétiquement à l'oppression des Maghrébins sur-testostéronés qu'il ne fallait surtout pas pointer du doigt, le pistolet de la bien-pensance braqué sur leurs têtes orangées pouvait sensiblement leur faire couler des larmes de Pavlov. Elles prenaient leurs solitudes sous le joug des soirées pim's au chocolat et de séries Américaines pour le saint Graal de l'indépendance émancipatrice.

Pour survivre un peu, de mon côté je me shootais à la branlette mécanique et aux jeux-vidéo, tout en priant chaque jour pour que le temps passe au plus vite, de manière à presser le pas de la vie active pour enfin pouvoir voyager. J'avais le sentiment d'avoir le cul vissé sur des toilettes turcs pendant qu'une cuisinière à la croupe du feu de dieu me préparait amoureusement mon latte des grands jours.
J'ai misérablement réussi à me dépuceler à 18 ans en tapant dans un morceau de dixième choix après une mission de préparateur de commande à l'usine. Une maman trentenaire alcoolique adepte des raves party sur fond de coke. Son grand plaisir consistait à me balancer des regards dignes du chat dans Shrek lorsqu'elle me suçait, "quel effet ça te fait quand je te suce avec mon piercing ?"
Je commençais à avoir une petite gueule épurée, à ressembler à un jeune homme dans la force de l'age et tout ce que j'avais réussi à me taper, c'était une maman à la dérive... le lendemain, un petit test HIV et puis s'en va...


Puis je l'ai revu, les bras ballants, les écouteurs dans les oreilles, les yeux vitreux et la gueule complètement amorphe, me balançant deux trois phrases pré-mâchées de crouille campeur de caves "Wesh, ça fait plaisir de te revoir ma gueule !"
Olivier mon pote le petit pêcheur franchouillard était devenu un de ces concepts de citée prenant ses manières pour de la virilité suprême.
Dis moi quelles sont tes publications facebook, je te dirais qui tu es... du Booba, de la cana et des putes en string.
Il avait un petit studio coquet à 10 minutes de la tour Eiffel payé sept cent balles par ses parents, le genre de détail que l'on cache sous l'oreiller quand on se prétend fidèle amateur de rap-game.
Notre société défrancisée s'approprie les âmes innocentes de nos jeunes et les taillent à sa manière, à grands coups de hache si il le faut. Les petites têtes blondes sucent les tétons de la bête pendant que leurs parents bricolent, la tête dans le guidon pour sauver leurs misérables carrières.
Le petit Olivier, autrefois mon meilleur ami, n'y avait pas échappé. Skyrock lissait les bords et le shit effectuait le travail de fond. Toute la complexité de la machinerie tournait à plein régime et dégageait de ses brèches taillées dans le sol, d'innombrables êtres à sacrifier pour servir les intérêts de notre élite contemplatrice de l'échiquier géant. Le noir l'emportant sur le blanc.


​Florent Lambert​ - 25.11.16



Déjuificator3

Auteur : Déjuificator3

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